Ces espaces saturés de mots ou de bribes de phrases ne sont pas des espaces de lecture. Les lignes d'écriture n'ont en effet aucun message à délivrer. Si les mots ou fragments de phrases prélevés dans un ouvrage de philosophie ou de poésie sont à peine identifiables, leur insignifiance est l'expression d'un renoncement de l'artiste qui les a tracés à une identification. Le mot est réduit à l'état de trace, et la trace scripturaire au silence, la réduction étant le principe déterminant de ce changement de nature. Une trace réduite au silence... "mais une trace pas totalement muette cependant".
Que ce soit ces blocs d'écriture fossilisée dont le centre de gravité est absent ou ces textures graphiques qui font corps avec le vide de la feuille, leurs présences procèdent d'un lent et inexorable processus de sédimentation. Les lignes se déposent, se superposent, s'enchevêtrent, s'entrecroisent. Exsangues de leur matière sémantique, échappant à la tutelle du sens, elles n'offrent plus au regard que leurs plissements, leurs modulations internes avec ruptures, retournements, vides interstitiels.
"C'est le silence que je dessine…et je le dessine avec des mots" explique DSD. Mais le paradoxe qu'il se plait à soulever masque une intention plus profonde. Car s'il s'agit bien de silence, ce n'est pas de n'importe quel silence qu'il s'agit. Ce silence est celui de la pensée, le silence intérieur.
La trace pose parfois l'énigme de son origine fondatrice. La genèse de sa présence se trouve (ou se perd) dans l'acte même de tracer. Tracer, c'est indiquer ou ouvrir un chemin en faisant ou en laissant une trace. Ces lignes d'écriture s'affirment comme trace matérialisée d'un patient et parfois difficile cheminement intérieur. Cette trace est la traduction graphique d'une quête spirituelle.
Si l'inscription répétitive d'un mot oblitère toute construction textuelle, elle fait aussi fonction d'écran ou, en référence à la philosophie bouddhiste, de "mantra" (ce qui protège l'esprit). Formule brève répétée telle une litanie dans le but de court-circuiter le flux chaotique de la pensée, de rompre le discours intérieur, le mantra est une technique utilisée dans les pratiques orientales de méditation que DSD a étudiées.
Cette fixation de la pensée sur un mot, ce que Henri Michaux nomme dans Ecuador "le gong fidèle d'un mot" illustre de manière significative sa démarche de création.
Cette répétitivité scripturaire ouvre un passage vers le silence intérieur "je voyage dans des verbes qui ne se prononcent pas et dans des langues que l'oreille ne peut entendre" et ouvre un espace de sérénité.
Dans ce contexte de quête spirituelle, le temps de l'écriture et d'élaboration d'une œuvre n'intervient pas, ne se mesure pas. Face à la curiosité du regardeur sur la durée de sa réalisation , DSD. précise que le temps ne compte pas "Seul existe l'instant présent". Le temps de la réalisation d'une œuvre s'inscrit dans un "ici et maintenant" qui est celui de la méditation et non dans un temps chronologique et linéaire. Pour illustrer son propos il fait référence à un "temps au repos" plus concevable pour un esprit occidental que ce "Temps hors du temps" (Henri Michaux), qui s'identifierait au Temps Absolu.
Les Totems
Variation autour du "un est multiple"
Cette série présentée avec les œuvres de la sagesse de l'espace est composée de 1900 "hommes debout" (en référence à l'idéogramme chinois), crayon noir sur papier. Commencée en 1998 elle a été interrompue en 2002. Présentation : 15 cadres 30x20cm et 7 formats divers. Elle est présentée avec les œuvres de la sagesse de l'espace.
Formats divers en majorité de 50x70, 60x80 et 100x70 cm - 60 oeuvres