Démarche de création

Les interventions d'artistes dans l'espace urbain ou rural se sont développées à partir des années 60. Elles résultent de préoccupations sociales, politiques, d'enjeux écologiques ou encore de considérations d'ordre esthétique : remise en question de la présentation des œuvres dans les lieux institutionnels (galeries, centres d'art, musées...) et besoin d'investir des espaces autres que les lieux où l'art se montre.

Affiches déchirées que récupèrent Villeglé, graffitis réalisés dans les couloirs du métro de Keith Harring, projections sur les façades d'immeubles ou diffusion sur les panneaux lumineux d'aphorismes de Jenny Holzer, interpellations des passants notamment par l'affiche dans le but de provoquer une prise de conscience par Barbara Kruger, sont ici quelques exemples de ces interventions qui visent à entretenir des modes de relation différents avec le public.

DSD qui se définit comme un plasticien du langage fait de l'activité scripturaire un moyen spécifique d'expression et d'action artistique. Si le langage est selon lui incapable de répondre aux questions que l'homme se pose, il se méfie aussi de l'exercice de son pouvoir sur notre vision de la réalité, de la normalité, et sur le façonnement de nos comportements sociaux. C'est ainsi qu'il intéresse aux formes d'exploitation du consommateur "...parce qu'elles s'avèrent bien plus insidieuses que celles de l'exploitation des travailleurs" précise-t-il volontiers. Le médium qu'il utilise est celui-là même que privilégie la publicité et l'information à savoir l'affiche.

Il collecte depuis plusieurs années des slogans publicitaires dans les magazines, qu'il dé-contextualise en les séparant de leur support image. Avec ces phrases il élabore des sondages (avec cases à cocher) tels que ceux figurant dans les publications. Insidieusement, l'objet même de ces sondages n'est pas explicité. La question qui motive le sondage n'étant pas formulée, le choix de la réponse se trouve logiquement improbable sinon impossible. Ces divers détournements ont pour objectif de dérouter (au propre comme au figuré) le passant, "cet otage consentant", qui, à la lecture de l'affiche, cherchera une (hypothétique) formulation du sondage et se hasardera à un choix tout aussi hypothétique d'une réponse.

DSD a élaboré ces slogans comme des poèmes (à la manière des cut-up) où les formules publicitaires se superposent avec leur degré ultime de superficiel, de banal, de dérisoire et même de ridicule mais aussi de poésie "presque géniale". Ce qui invite à une distanciation critique le passant et/ou...le lecteur. Car s'il s'agit d'abord d'une intervention en milieu urbain, le livre révèle à travers la globalité de ces sondages une autre perspective tout aussi digne d'intérêt.