Démarche de création

Le voyage se poursuit dans Ecrivain sans papier mais ne se confond plus avec une quête spirituelle. Du propre aveu de l'artiste, cette quête ontologique se serait transformée en une "errance" ontologique. La dimension spirituelle n'en est cependant pas totalement exclue. "Je me retrouve parfois sur le chemin... mais l'avais-je vraiment quitté ?"



Pour exemple {image haut}, cet espace (modulable) de méditation recouvert de 400 cartes (format 15x10cm), à l'origine le détail d'un dessin sur lequel est inscrit de manière répétitive "montagne et eau" avant d'être reproduit industriellement. Ces cartes (postales) reliées entre elles par des anneaux "faits main°", forment un ensemble panoramique de panneaux de 1.50 cm de haut sur une longueur d'une dizaine de mètres. Cette œuvre porte le titre "paysage avec montagne et eau". La présentation délicate et zen invite le spectateur à méditer un moment, à entrer dans son silence intérieur alors que l'espace autour est harmonieusement saturé de mots. ( cf. photo du mur de méditation).

DSD refuse de s'engager à l'instar d'H.M. à un combat de front, âpre et désespéré contre la langue. Au lieu d'une attitude iconoclaste, il mène un patient travail à l'intérieur de la langue. S'il tranche dans les certitudes, saigne la logique et procède à l'ablation de la rationalité sans se préoccuper de savoir "si le mort qui s'impatiente... va reprendre souffle" c'est avec un humour, une dérision et une jubilation sans cesse renouvelables. Il falsifie la réalité en en faisant "une copie certifiée conforme mais plus moche encore". Et si une vérité prend forme, il n'hésite pas à la retourner aussitôt comme un gant pour prouver que ce qu'elle cache n'est pas une main mais une prothèse sur un moignon.

Ses œuvres, singulièrement, ne laissent rien transparaître de ses élans subversifs "excisifs". L'image et le verbe se seraient-ils réconciliés ou séparés à l'amiable ? L'artiste nous en donne l'explication par une banale mais convaincante image : "Si vous agitez un verre d'eau contenant des particules, l'eau devient trouble. Si vous cessez d'agiter le verre les particules vont se déposer au fond et l'eau redevient claire. Le calme après la tempête en quelque sorte... dans un verre d'eau". Utilisant la même technique répétitive mais cette fois en sélectionnant une brève locution de son texte, il la dessine jusqu'à recouvrir entièrement la feuille. Le support papier disparaît complètement sous les lignes d'écriture et le décryptage s'avère, comme pour les œuvres de la sagesse de l'espace, vain de par l'extrême miniaturisation des caractères. Et s'il renverse le processus, donnant à voir une version macrographique d'un fragment d'œuvre ( cf."sans fin ni début" ) c'est pour en dé-montrer l'inutilité.

DSD compose aussi des séries de petits formats (18x24cm, 13x18, 10x15). Les cadres sont suspendus dans l'espace par de longues ficelles telles les notes d'une "partition" qui reste inachevée car en constante augmentation pour respecter cette logique de "ni fin ni début". A travers cet épanchement infini de phrases, de cadres, de séries, il serait tentant de rapprocher le projet de DSD de celui formulé par un des personnages de la pièce de Valère Novarina "La chair de l'homme" qui est de "prouver au monde que le monde est une phrase"...

DSD cherche aussi à déjouer la tentante classification des genres par l'abandon de la représentation bidimensionnelle (le dessin déborde du cadre, se fragmente dans l'espace...) et de l'accrochage traditionnel au mur (les cadres se détachent du mur, se superposent, s'accumulent, se chevauchent). (cf."flots de paroles" )

La personnalité du lieu intervient dans le choix de la mise en place, l'artiste créant un jeu subtil et poétique entre ces petites installations et l'espace qui les accueille.

Une mise en espace verbale, par des acteurs, donne une quatrième dimension à la présentation de son travail.